Enquêtes et expertises CSE
Le code du travail offre au CSE un panel d'outils pour prévenir les risques au travail, notamment la souffrance, mais encore faut-il savoir comment les utilser, voyez ci-après...
Je vous propose dans cet article une méthodologie opérationnelle CSE/CSSCT qui peut servir de procédure interne pour traiter les situations de santé, sécurité, conditions de travail, harcèlement, discrimination ou risques psychosociaux. Cette méthode peut vous être utile pour vos implications dans les questions de souffrance au travail.
-
Identifier le bon outil
Avant toute action, le CSE doit répondre à une question simple :
|
Situation constatée |
Outil à utiliser |
|
Risque ou dysfonctionnement repéré lors de visites |
Inspection |
|
Accident du travail ou maladie professionnelle |
Enquête AT/MP |
|
Danger grave et imminent |
Droit d'alerte DGI |
|
Harcèlement, discrimination, atteinte aux droits ou la santé |
Droit d'alerte L.2312-59 |
|
Risque grave nécessitant une analyse approfondie |
Expertise risque grave |
|
Dysfonctionnement chronique sans urgence |
Inspection + réclamations + expertise éventuelle |
Nota : il faut souvent articuler plusieurs outils successivement : inspection > enquête > alerte > expertise.
-
Méthodologie d'enquête du CSE
Étape 1 : Formaliser le signalement
Créer une fiche d'ouverture d'enquête comprenant :
- date du signalement ;
- personne ayant alerté ;
- faits rapportés ;
- salariés concernés ;
- conséquences sur la santé ou les conditions de travail ;
- documents déjà disponibles.
Objectif :
- sortir du ressenti ;
- entrer dans le factuel.
Étape 2 : Vote d'une résolution
En réunion CSE ou CSSCT :
- définir le motif de l'enquête ;
- désigner les enquêteurs ;
- préciser le périmètre ;
- demander les documents utiles.
Je recommande d'écrire systématiquement une délibération claire précisant le cadre de l'investigation.
Étape 3 : Préparer l'enquête
Établir :
Les personnes à entendre
- salarié concerné ;
- témoins ;
- encadrement ;
- RH ;
- médecin du travail si nécessaire.
Les documents à consulter
Par exemple :
- DUERP ;
- registre SST ;
- rapports précédents ;
- fiches de poste ;
- plannings ;
- évaluations ;
- arrêts maladie ;
- déclarations AT ;
- signalements antérieurs.
Nota : le CSE dispose d'un droit d'accès à de nombreux documents utiles à l'enquête.
Étape 4 : Réaliser les entretiens
Prévoir une grille commune.
Exemple
Faits
- Que s'est-il passé ?
- Quand ?
- Où ?
- Qui était présent ?
Conséquences
- Impact sur le travail ?
- Impact sur la santé ?
- Arrêts de travail ?
Organisation
- Charge de travail ?
- Soutien hiérarchique ?
- Moyens suffisants ?
Prévention
- Le problème avait-il déjà été signalé ?
Toujours :
- rester neutre ;
- ne pas orienter les réponses ;
- distinguer faits et opinions.
Il est important d'éviter les questions orientées et les désaccords méthodologiques qui fragilisent les enquêtes.
Étape 5 : Analyse des causes
Utiliser une méthode d'arbre des causes.
Chercher :
Causes organisationnelles
- sous-effectif ;
- surcharge ;
- manque de formation.
Causes managériales
- pression ;
- objectifs ;
- isolement.
Causes techniques
- matériel ;
- procédure.
Causes humaines
- erreur ;
- fatigue.
L'objectif n'est jamais de chercher un coupable mais les causes du risque.
Étape 6 : Rédiger le rapport
Le rapport devrait comporter :
- Contexte
Pourquoi l'enquête a été ouverte.
- Méthode
- personnes rencontrées ;
- documents examinés ;
- dates.
- Constats
Uniquement les faits établis.
- Analyse
Lien entre les faits et les risques.
- Préconisations
Mesures immédiates.
Mesures à moyen terme.
Mesures structurelles.
Je recommande un rapport écrit, annexé au PV du CSE.
-
Cas particulier : Harcèlement ou souffrance au travail
Points à rechercher
Indicateurs individuels
- arrêts maladie ;
- burn-out ;
- demandes de mutation ;
- départs.
Indicateurs collectifs
- turnover ;
- absentéisme ;
- conflits ;
- démissions.
Indicateurs managériaux
- isolement ;
- retrait de missions ;
- humiliations ;
- traitement différencié.
-
Quand passer à l'expertise risque grave ?
Cette expertise est pertinente lorsqu'un risque grave, actuel et identifié existe.
Je recommande de préparer un dossier comportant :
- enquêtes réalisées ;
- témoignages ;
- indicateurs sociaux ;
- accidents ou arrêts ;
- courriers du CSE ;
- réponses de la direction.
Cela permet de sécuriser juridiquement la délibération d'expertise.
-
Tableau de suivi des préconisations
Après chaque enquête :
|
Préconisation |
Responsable |
Échéance |
Réalisée |
|
Mise à jour DUERP |
Direction |
1 mois |
Oui/Non |
|
Formation encadrement |
RH |
3 mois |
Oui/Non |
|
Analyse charge de travail |
Direction |
2 mois |
Oui/Non |
|
|
|
|
|
Le but est la nécessité d'obtenir un plan d'actions et d'en assurer le suivi dans le temps.
Note complémentaire sur les inspections du CSE
L'inspection constitue un outil de prévention essentiel mais encore insuffisamment utilisé par les CSE. Contrairement à l'enquête, qui intervient généralement à la suite d'un événement ou d'un signalement, l'inspection permet d'observer les situations de travail « à froid », avant que les difficultés ne se transforment en accidents, maladies professionnelles ou situations de souffrance au travail.
Pour être efficace, l'inspection doit être préparée, documentée et suivie d'actions concrètes. Il est recommandé que le CSE ou la CSSCT vote une résolution désignant les élus chargés de l'inspection et définissant les thèmes à examiner (charge de travail, organisation, sécurité, égalité professionnelle, conditions matérielles, etc.). Un compte rendu écrit doit ensuite être présenté en réunion et annexé au procès-verbal afin de conserver une trace des constats réalisés et des demandes formulées à l'employeur.
L'inspection est également un moment privilégié d'échange avec les salariés. Elle permet de recueillir leur perception des conditions de travail, d'identifier des difficultés émergentes, de rappeler les procédures d'alerte existantes et de favoriser la remontée d'informations du terrain. Réalisée régulièrement, elle constitue souvent le point de départ d'actions plus approfondies : réclamations collectives, droits d'alerte, enquêtes ou demandes d'expertise.
Une bonne pratique consiste à établir un programme annuel d'inspections, avec une grille d'observation commune et un suivi systématique des actions correctives décidées par l'employeur. Cette démarche permet au CSE de s'inscrire dans une logique de prévention continue et d'amélioration durable des conditions de travail.
Cette note peut également servir d'argument pour rappeler à la direction que l'inspection n'est pas une simple visite des locaux, mais une prérogative légale du CSE participant directement à l'analyse des risques professionnels et à la prévention des atteintes à la santé et à la sécurité des salariés.
Image de > RosZie
Besoin d’un coup de pouce juridique pour votre CSE ? Contactez-nous « ecce@cegetel.net » ou 06 23 25 12 68 ! 😉
à lire ensuite
-
SSCT
Guide DUERP pour réaliser une évaluation différenciée femmes/hommes
Ce guide innove car il met en évidence des effets de risques potentiels ou avérés différents selon que l'on est une femme ou un homme en tenant compte de spécificités biologiques non identiquesConsulter
-
SSCT
Document unique d’évaluation des risques professionnels – DUERP
L'INRS vient de publier en juillet 2025 une nouvelle brochure concernant le document unique d'évaluation des risques professionnelsConsulter
-
SSCT
Gestion des vagues de chaleur
Face aux vagues de chaleur, les employeurs doivent intégrer les risques dans le document unique d'évaluation des risques et mettre en oeuvre des mesures adaptéesConsulter
-
SSCT
L’eau chaude peut être supprimée temporairement des lavabos dans les locaux professionnels
Pour répondre à des objectifs de sobriété énergétique, un décret du 24 avril 2023 permet aux employeurs, jusqu’au 30 juin 2024, de mettre à disposition des travailleurs de l’eau dont la température n’est pas réglableConsulter